Problèmes d’apprentissage en matière de tatouage

27/01/2018
Auteur: Leeloo

Encore des problèmes d’apprentissage en matière de tatouage

Constat : tout le monde veut s’improviser tatoueur

Je vais aborder aujourd’hui quelques réflexions émises par bon nombre de tatoueurs professionnels à propos de toutes ces personnes qui veulent devenir tatoueur pensant que c’est un métier plein d’étoiles et de paillettes.

Et très souvent, ils ont raison.

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Bon nombre de tatoueurs professionnels sont inondés de personnes demandant un apprentissage.

Dont certains sont même envoyés par Pôle Emploi qui propose de financer le stage « Hygiène & Salubrité ».

Mais ce stage n’apprend justement que l’hygiène et la salubrité mais le tatouage, nada !

On le constate également souvent, des pseudos tatoueurs s’installent en studio ou en appart avant même de savoir parfaitement tatouer, voire même dessiner.

Devant cet état de fait et les nombreuses demandes d’apprentissage je comprend que beaucoup ne prennent plus le temps de consulter le portfolio des prétendants au métier, quitte à passer à côté de la perle rare.

Si vous êtes du genre à vouloir apprendre le tatouage vautré dans votre canapé, bière à la main devant une émission de la chaine 23, passez votre chemin.

Le tatouage est un très beau métier qui requiert de s’investir à 200% au minimum, surtout au début.

Si vous êtes dans ce cas, dégagez et n’emmerdez pas les tatoueurs.

La seule chose qui vous ouvrira les portes des salons pros c’est votre niveau en dessin, votre investissement personnel et votre motivation.

Malheureusement, tout le monde peut ouvrir un tattoo shop sans compétences, sans savoir dessiner ni tatouer.

Je les appelle des « scratcher » et ils polluent le métier. Il faut bien débuter, me direz-vous.

Certes, tous les tatoueurs n’ont pas été des Dieux à leurs débuts.

Pour preuve, prenez n’importe quel tatoueur renommé actuellement et consultez ses publications Instagram à ses débuts.

Vous constaterez qu’il était loin d’être au top.

Mais le tatouage est un métier où l’on progresse tous les jours, même avec un bon coup de crayon.

Alors, évitons de brûler les étapes, faites les choses dans l’ordre plutôt que de vous griller à jamais dans la profession.

Si vous ne trouvez pas de place pour un apprentissage, remettez-vous en question, posez-vous les bonnes questions.

Ne contemplez pas votre nombril, ça ne vous fera pas avancer.

Quel impact pour le maitre tatoueur qui recrute un apprenti ?

Toutefois solliciter un apprentissage dans le domaine du tatouage en studio a un impact fort pour le maître comme pour son salon.

Voici ce qu’ils oublient et on n'en parle pas assez :

  • Que chaque action faite par l’apprenti affecte le tatoueur, sa réputation et sa capacité à gagner sa vie. Un apprenti doit être quelqu’un à qui l’on peut accorder sa confiance. Son comportement dans et hors du studio doit être compatible avec la vie du tatoueur et il doit être la personne sur qui l’on peut compter. BEAUCOUP d’apprentis, après 3 ou 4 mois considèrent en savoir assez.
  • Que l’apprenti doive être quelqu’un que le tatoueur aime en tant que personne car il ou elle sera apprenti(e) durant de longs mois ou années chez lui.
  • Que la plupart des gens demandant un apprentissage « veulent être tatoueurs », mais ne font rien pour « être un ARTISTE ». Le conseil qui dit : « n’arrête pas de dessiner » est bon. Un excellent apprenti deviendra un artiste accompli s’il passe chaque jour à dessiner. Il utilisera également tous les outils à sa disposition comme la plume, l’encre de Chine, l’aquarelle, le crayon, les fusains, etc. Un « artiste » n’a pas besoin qu’on lui demande de dessiner tous les jours. Un « artiste » vit pour créer de l’Art et c’est une évidence pour lui. Quelqu’un qui veut «  être un tatoueur » mais qui n’a pas l’engagement d’un artiste, n’impressionnera jamais un artiste tatoueur.
  • Que le tatouage en studio est une ENTREPRISE qui nécessite des compétences très diverses en gestion, en commercialisation, en relation clientèle, en marketing.
  • Tout tatoueur enseignant à un apprenti lui consacre du temps au détriment de sa propre vie ou de son activité et devrait être rémunéré pour cela. Il est vrai que la plupart des tatoueurs ne facturent pas l’apprentissage (sauf des écoles privées qui veulent se faire du blé). Leurs apprentis deviennent des amis et ils restent des années même après la fin de leur apprentissage. En d’autres termes, l’ancien apprenti restitue à son maître le temps, les connaissances et la réputation acquise lors de son apprentissage.

J’ai rarement entendu un apprenti aspirant suggérer qu’il répond aux 4 critères précédents.

Le métier de tatoueur est un bon moyen de gagner correctement sa vie et donner cette possibilité à un apprenti tatoueur d’avoir un bon job est gratifiant pour le maitre.

L’apprenti doit être reconnaissant pour tout le temps que le tatoueur lui a consacré.

Souvent un apprenti se contente simplement de vouloir apprendre les techniques et l’utilisation des machines.

Mais un bon tatoueur apprendra à l’apprenti TOUS les autres aspects du tatouage tel que l’accueil des clients au comptoir, le service à la clientèle, les appels téléphoniques, les tarifs pratiqués, etc., tout ce qui fait qu’il sera capable lui aussi de gérer au mieux on propre tattoo shop.

L’apprenti n’est pas seulement « quelqu’un qui apprend à tatouer », il fait aussi partie de l’entreprise, quelqu’un sur lequel on pourra compter pour prendre le relai d’un collègue tatoueur absent, quelqu’un qui deviendra une figure incontournable du studio au comptoir.

Parcours de l’apprenti tatoueur

Ami postulant apprenti, avez-vous déjà dépensé des centaines d’euros pour vous faire tatouer ?

Avez-vous déjà trainé vos guêtres dans différents studios pour apprendre à connaitre les patrons des lieux ?

Avez-vous une idée précise de tout ce que je viens d’évoquer dans cet article ?

Ne vous étonnez pas si l’on vous refuse un apprentissage.

Si vous êtes accepté ne soyez pas surpris durant de longues semaines à :

  • Nettoyer le salon même pendant les heures d’affluence,
  • Apprendre à renseigner plusieurs clients à la fois,
  • Nettoyer encore en fin de journée, éteindre la lumière, verrouiller les portes,
  • Servir de secrétaire, d’esclave qui sert le café, chercher les repas, promener le chien, mettre la monnaie dans le parcmètre pour les tatoueurs et les clients, etc.
  • Trouver le temps tous les jours pour dessiner, dessiner, peindre…

Tout cela avant d’avoir le droit de toucher un dermographe pour la première fois !

En tant qu’apprenti attendez-vous à travailler plus longtemps, plus dur que les autres.

N’oubliez pas à quel point le service à la clientèle est primordial, que l’hygiène est ce qui saute aux yeux des clients en premier.

Trop souvent, les nouveaux apprentis, dès qu’ils ont fait une vingtaine de petits tatouages, s’imaginent qu’ils savent tout ce dont ils ont besoin de savoir et démissionnent après quelques mois pour ouvrir leur propre studio.

Quelle désillusion pour le maitre tatoueur car il sait déjà qu’un tatoueur de « merde » va écumer le secteur et nuire à la profession.

On comprend dès lors pourquoi la plupart des tatoueurs n’acceptent que des apprentis qu’ils connaissent bien, en qui ils ont confiance et qu’ils savent fiables.

Cet apprenti devient partie prenante de l’entreprise avant même de faire un tatouage.

S’il fait correctement son travail, il devient indispensable aux autres tatoueurs du studio.

Imaginez la réputation d’un studio qui enseigne un apprenti haut de gamme. La clientèle ne s’y trompera pas.

Par contre, imaginez qu’on dise de vous : « j’ai eu cet idiot comme apprenti pendant trois semaines en 2017.

Quelle erreur j’ai pu faire ! Il pensait que c’était indigne pour lui de sortir les poubelles et d’autoclaver les outils. »

Qu’attendent ce genre d’apprenti ?

Juste passer quelques semaines et gagner un million d’euros ?

Un apprenti mal formé ne sera que le stéréotype négatif de tout ce que l’on pense d’un mauvais studio de tatouage.

Par contre s’il persévère, il deviendra UN GRAND tatoueur et un homme d’affaires complet.

Un apprenti correctement formé fera partie de cette communauté mondiale du tatouage.

Prenez le temps et permettez-vous d’être un artiste, un vrai !

Autres « coups de gueule » à propos de l’apprentissage et des apprentis

Apprendre le tatouage de façon correcte n’est pas facile, est très complexe.

Au contraire, ce qui est facile c’est d’apprendre à tatouer à un niveau basique et faire des tatouages médiocres.

Et j’ajouterais même que bon nombre de clients en sont la cause.

En effet, il suffit de comptabiliser les demandes de tatouages simples comme des plumes, des papillons, des étoiles, etc.

Cette demande énorme favorise l’émergence de ces « scratcher ».

Apprendre à tatouer correctement demande des années.

Il est encore un lieu commun dans le domaine du tatouage qui a la vie dure.

Si vous n’êtes pas tatoué de partout, surtout des tatouages professionnels, vous ne serez pas pris au sérieux en postulant à un apprentissage.

Vous serez vu comme un intrus, quelqu’un qui ne correspond pas à notre mode de vie, comme une personne qui ne cherche qu’à encaisser.

Si vous êtes « l’un d’entre nous », l’approche des tatoueurs est plus facile, donc l’apprentissage également.

Il y a donc encore beaucoup de discrimination dans ce métier.

Tatouer dans n’importe quel studio est une « affaire de famille » au sens large, où les gens ont des choses en commun.

Un exemple à San Francisco.

Bon nombre de tatoueurs ont une chose en commun, celle d’avoir travaillé pour Ed Hardy à Tattoo City.

Ils aiment le tatouage, ils sont aussi artistes et ils sont couverts de tatouages et ont ouvert leur propre salon ensuite.

À l’époque, très peu de gens avaient l’intention de devenir tatoueur à moins de déjà faire partie d’une famille de tatoueurs.

Qui diable voudrai passer des mois ou des années avec des gens que vous n’aimez pas beaucoup ?

C’est ce qui se passe si vous ne faites pas partie de la communauté des tatoueurs.

Comme vous l’avez vu, le débat sur l’apprentissage du tatouage n’a pas fini de faire couler beaucoup d’encre.

Je sais que mes écrits vont faire hurler certains. Mais je sais que bon nombre d’entre vous seront d’accord avec moi.

Je vais simplement vous demander de me donner votre opinion. Prenez votre courage à deux mains, et osez affronter la tempête de commentaires !

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