Wanted : recherche désespérément mentor compétent pour m’apprendre à tatouer

30/03/2018
Auteur: Leeloo

Le commentaire qu’à posté hier Owlymama à propos de l’article intitulé « Devenir mentor en tatouage, pourquoi pas vous aussi ? » m’a à nouveau inspiré le titre de cet article.

Si l’on veut arrêter que trop de scratcher fassent n’importe quoi il faudrait que les tatoueurs compétents s’impliquent un peu plus et forment les jeunes fortement motivés.

Mais j’ai l’impression de prêcher dans le désert.

Jalousie entre tatoueurs, peur de la concurrence, peur de se faire larguer par les talents émergents, trop de copinage dans ce métier, etc. tout n’est pas rose dans ce métier dès qu’on gratte la surface.

Alors, faut-il accepter aussi n’importe quel apprentissage si par chance un tatoueur veut bien vous prendre ?

Pour ma part, je vérifierais d’abord les travaux du tatoueur que je démarche.

Si après 20 ans, je constate qu’il n’a pas évolué, next, je passe au suivant !

Pas question de végéter chez lui.

Exemple : à Rouen, on liste près de 25 tatoueurs mais aucun ne sort du lot, à mon humble avis.

Pour beaucoup, c’est un vrai parcours du combattant à rechercher un maitre d’apprentissage.

Certain(e)s aspirants au métier se font même carrément rembarrer. Voyons cela d’un peu plus près.

Comment apprendre le tatouage ?

C’est une évidence : en commençant par apprendre à dessiner !

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La seule école vraiment nécessaire est celle du dessin, à l'image des œuvres d’artistes peintres qu’on peut admirer dans les musées.

Passer par les Beaux-Arts par exemple, peut constituer une voie royale d'accès au métier du tatouage.

Mais certains tatoueurs veulent juger sur pièce en consultant le portfolio du candidat tatoueur.

La véritable école du tatouage doit être celle de l'expérience.

Idéalement auprès d'un ou de plusieurs professionnel(s), car l'acquisition des techniques repose sur des bases solides lorsqu'on maîtrise le dessin.

La connaissance des règles sanitaires étant déjà assurée par la formation Hygiène et Salubrité, seule l'observation assidue et les conseils d'un professionnel expérimenté et reconnu peut constituer un savoir-faire solide.

Mais devant le rejet quasi systématique que doivent affronter les prétendants à un apprentissage, il ne reste pas beaucoup de solution pour apprendre le tatouage.

Je me suis récemment fait tatouer par un maitre en portrait réaliste et nous avons évoqué ce sujet.

Il m’a laissé entendre qu’il fallait éviter d’apprendre chez un tatoueur qui n’a pas évolué depuis des dizaines d’années.

Que si on ne trouvait pas le mentor qualifié dans le créneau que l’on envisage, il fallait se résigner à apprendre seul.

Malheureusement et avec les risques d’erreurs que cela implique.

Alors, quels professionnels pour former les futurs tatoueurs ?

C'est bien le nœud du problème !

Même avec toute sa bonne volonté, chaque tatoueur professionnel ne peut se consacrer qu'à une poignée d'aspirants tatoueurs (lorsqu'il le peut, ou le veut !), sélectionnés pour la qualité de leurs dessins.

Les écoles de tatouage fleurissent déjà, et jusqu'ici, bien peu sont recommandables.

Ce ne sont certainement pas les meilleurs artistes qui vont grossir les rangs des « profs de tatouage », on le constate avec les écoles auto-proclamées comme telles.

À défaut d'avoir pu devenir des tatoueurs reconnus, les « formateurs » ont fait le choix de délivrer des certificats pour quelques milliers d'euros...

Faute d'avoir pu trouver un « maître », beaucoup de tatoueurs se sont également formés en autodidactes.

Cela implique de fréquenter les studios, les conventions, construire patiemment un réseau de contacts...

Où chaque futur tatoueur peut trouver de l'aide, des conseils, ou au pire des cas, largement de quoi observer, ce qui permet déjà d'apprendre énormément.

Il existe en outre des séminaires techniques organisés par de très bons tatoueurs sur différentes conventions.

Les places sont évidemment plus rares, mais la qualité des savoirs dispensés est incomparable.

Les meilleurs dessinateurs sont devenus les meilleurs tatoueurs, avec ou sans l'appui de leurs pairs...

Mais ils n'ont pas appris à tatouer dans une école.

L'exemple du Japon est en ce sens exemplaire : Au pays du Soleil-Levant, apprendre c'est d'abord regarder, « voler des yeux ».

Les heureux élus admis auprès des plus grands maîtres sont déjà des dessinateurs aguerris et doivent montrer qu'ils ont une certaine connaissance de la culture tatouage.

La démarche n'est aucunement obligatoire, mais elle a beaucoup plus de sens que n'en aura jamais un diplôme.

Le futur tatoueur consacre de nombreuses heures au dessin, à l'observation et à l'aspect élémentaire du métier (préparer les espaces de travail notamment) avant d'appliquer les techniques.

La peur de la concurrence n'est-elle pas en cause ?

Aux parents inquiets qui s’interrogent de plus en plus fréquemment sur la pérennité du métier, je ne peux cacher que les aspirants sont nombreux, et que seuls les plus talentueux peuvent envisager un avenir solide dans ce secteur artistique, car il y a aujourd'hui beaucoup trop de personnes qui souhaitent devenir tatoueur.

Seuls les moins expérimentés souffrent finalement de la concurrence, et non ceux qui sont établis depuis des années.

(Serait-ce à dire que les tatoueurs qui refusent ou jettent les candidats à l’apprentissage soient des bourrins qui ont peur que leurs apprentis fassent mieux qu’eux ?!).

Je défends un avenir meilleur pour l'art du tatouage, mais est-ce en encourageant l'arrivée en masse de tatoueurs formatés et légitimés par un diplôme qu'on le fera ?

Ne faudrait-il pas, comme en médecine, un numerus clausus ?

Les sites e-commerce vendant des articles pour tatoueurs ne devraient vendre qu’aux professionnels ou du moins à ceux qui possèdent le certificat H&S.

La concurrence reste saine lorsqu'elle répond à une éthique et permet au talent de s'exprimer, et non en alimentant aveuglément un secteur déjà saturé de tatoueurs (scratcher) seulement attirés par le mirage d'une activité « en vogue.

Alors, quel cadre pour les futurs tatoueurs ?

La réflexion reste ouverte. Pendant près de deux ans, le SNAT a missionné un groupe de travail sur l'idée d'un CQP (certificat de qualification professionnel) afin de tenter de répondre à la problématique du statut de l'apprenti tatoueur.

Voilà donc ce qu’on peut lire à ce sujet :

« Dans cette optique, certains ont imaginé naïvement créer une propre branche du métier...

Or, la création d'une telle branche obligerait la profession à se rattacher à des professions bien éloignées de la nôtre sans apporter de réelles solutions.

Il suffit de constater le nombre de CQP inventés dans le secteur de l'esthétique...

Et d'observer que les mêmes formateurs des « écoles de tatouage » ont déjà commencé à plonger dans la brèche.  

La seule vraie solution à ce jour d'un point de vue légal pour les « apprentis tatoueurs » reste le salariat (CDI, CDD, temps partiel...).

L'option d'un contrat de type collaboration peut être valable mais ne permet de justifier d'aucun lien de subordination ou d'exclusivité avec la personne en contrat, qui se retrouve en situation de totale indépendance.

L'équilibre se trouve sans aucun doute au niveau des qualités graphiques du futur tatoueur.

Pour l'avenir, la formation artistique doit absolument être mise en avant, en cohérence avec la défense du statut d'artiste tatoueur.

Envisager des liens avec les écoles d'art publiques et dépendant du Ministère de la Culture est une option... Avec un tel cursus, tout étudiant sera à même de trouver un professionnel qui pourra lui transmettre la technique nécessaire à la pratique du tatouage... »

Mais on reste depuis des années dans les bonnes intentions et rien n’avance. La porte reste ouverte à la prolifération des « scratcher ».

Alors, j’en reviens toujours à rechercher un mentor compétent en réalisme pour m’apprendre à tatouer comme un pro !

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